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Pieyre Wittmann est né en 1949 à Chalons-sur-Saône. Il est le neuveu de la poétesse juive Consuela Wittmann, morte en 1942, dont les écrits le marquent à la fin de l’adolescence ; sa fascination pour le mysticisme bolchévique de l’auteure assassinée au camp de Buchenwald, rencontrant le tumulte des années 1968.
Ses débuts sur scène se font en groupe, avec la Compagnie Maleeya Bayarlag,au sein du réseau des théâtres populaires et des maisons de la culture, des occupations d’usines (Continental, 1972, Essilor, 1975, grève des OS à Flins) et des meetings politiques – Wittmann est par ailleurs membre de la plus discrète Gauche Prolétarienne jusqu’en 1972. Rapidement déçu, tant par le sectarisme et la violence verbale stérile de l’extrême-gauche, que par les compromissions grandissantes et les appétits individuels des quelques meneurs aujourd’hui rachetés par Rotschild, ou les dérives religieuses d’un Benny Levy, Wittmann se détache de l’action politique et passe plusieurs années à voyager, travaillant comme correspondant freelance.

Installé à Nancy au milieu des années 80, il se produit au Centre Culturel André Malraux et compose seul des pièces électro-acoustiques et expérimentales qu’il fait parfois interpréter par des musiciens amis. Ses enregistrements, généralement sur cassettes, circulent à très faible tirage, mais auprès d’une audience internationale.
Sa rencontre avec sa future compagne, la kurde irakienne Malika Olam, elle-même « rescapée » du marxisme-léninisme et des rangs du PKK, marque le quasi arrêt de sa carrière musicale (même s’ils collaboreront un certain nombre de fois, notamment sur scène), carrière qui s’arrêtera définitivement à la mort d’Olam en 2005.
Lecteur de Borgès et de Roberto Bolano, de Burroughs et de Ballard, Wittmann conçoit son art, à l’instar du Festin Nu ou de la Foire aux Atrocités, comme une succession de séquences, de vignettes ; un art du fragment et de l’inachevé ; pour reprendre ses mots, « un labyrinthe sonore fait d’une seule ligne droite, celle de la bande magnétique ».
Pieyre Wittmann est aujourd'hui représenté par le label Blauer Abend qui rééditera, en ligne ou sur support, une partie de son oeuvre.

« Je me moquais un peu des règles de composition, à vrai dire, non pas qu’elles soient très contraignantes dans la musique acousmatique, mais je trouvais tous ces suiveurs de Pierre Schaeffer et compagnie très bridés et un peu snobs, c’était ce vieil élitisme bourgeois, bourgeois de gauche mais bourgeois quand même, un peu stalinien, inconsciemment, peut-être, avec cette idée qu’il existait une vérité historique, ou musicale, et que le reste n’était, disons que déviance de droite et de gauche… et moi, donc je n’avais pas envie de m’ennuyer avec ça… ces dogmes, ces certitudes… enfin les certitudes en tant que telles ne me dérangent pas, simplement ce n’étaient pas les miennes (rires). Alors j’ai fini par quitter le groupe. Ca m’a sans doute fermé des portes, mais enfin, j’étais libre, vous comprenez. Je n’ai jamais compris comment des gens aussi cultivés et, au fond, aussi amoureux de la musique, pouvaient se satisfaire d’autant de nouvelles barrières, de nouveaux interdits, et avec ça, dans un manque de curiosité intellectuelle totale… mais totale ! (rires) Sérieusement, il fallait entendre ce qui se disait, je ne sais pas… sur Kraftwerk... sur les débuts de la techno… sur la musique industrielle et post-industrielle… la plupart n’en avaient même jamais entendu parler, c’étaient peut-être les pires quand j’y pense… c’était de la musique « populaire » pour eux, à peine de la musique en somme… quelque chose qui n’était pas… comment dire… dont l’existence n’avait pas besoin d’être reconnue officiellement et encore moins prise en compte… alors les musiciens industriels ou de house music pouvaient faire ce qu’ils voulaient… être aussi inventifs ou révolutionnaires qu’ils voulaient…ça n’existait pas, ça ne valait pas la peine d’être cité. Ca, ça m’a mis en rogne, j’avoue. Des types autour de moi publiaient leur vingt-cinquième pièce à base de grésillements et de klaxons de voitures… (rires) … et ne voulaient entendre parler de rien d’autre, ni évidemment, surtout pas, que leur propre statut soit remis en cause… c’était inconcevable… l’art, c’était eux… moi je voulais quand même faire quelque chose d’un peu plus sensuel, d’un peu plus humain… »
Revue Hermaphrodite
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